FI/SPECIAL-ETE-98

L'institut européen d'étude, de recherche et d'application du paysage alpin (IDERALPE)

Jacques Monnier-Raball Michel Bécholey
IDERALPE, PSE-EPFL

Né en 1992 à Lausanne, de l'initiative de ses actuels président et secrétaire général, soit Jacques Monnier-Raball et Michel Bécholey, l'Institut européen d'étude, de recherche et d'application du paysage alpin, IDERALPE, a pour finalité une meilleure intelligence des divers paramètres qui induisent notre perception d'un paysage, alpin en particulier, mais non exclusivement, et pour objectif premier la conception, le développement et la mise au point d'un instrument informatique interactif d'aide à la décision.

Des plans-reliefs à la réalité virtuelle

Si «la géographie, ça sert d'abord à faire la guerre» (Yves Lacoste, 1977), la carte topographique est devenue l'instrument privilégié des états-majors. Aujourd'hui encore, la cartographie reste l'apanage, dans nombre de pays, des ministères des armées.

Poste de St.-Pierre-de-Chartreuse (Isère) - Restitution des textures

Or, s'agissant de cartographie, l'abstraction des signes conventionnels est le prix à payer pour la souplesse d'emploi du support de papier. Mais elle représente une obstacle à la compréhension d'une situation donnée, notamment pour le profane peu familier avec la lecture de documents topographiques plans. Aussi a-t-on éprouvé le besoin, dans les milieux militaires, de rendre les plans plus éloquents et de leur restituer leur volumétrie, jusqu'à valoriser leur dimension tactile. Dès le XVIIe siècle, la construction des fameux plans-reliefs (conservés à Paris, aux Invalides) n'a pas d'autre origine que la volonté d'illustrer, de la façon la plus concrète, soit sous la forme de grandes maquettes en trois dimensions, des sites urbains à défendre, à fortifier et à aménager en vue d'opérations de guerre, défensives et offensives. L'échelle même desdites maquettes -qui peut varier du 50ème au 100ème- leur interdisait de couvrir des régions entières. Leur valeur descriptive, tant au niveau du bâtiment, qu'à celui de la voirie, de la végétation et du terrain, était naturellement fonction d'une élévation suffisante, pour que l'on pût, sans inconvénient, préparer des affûts, concentrer et déplacer virtuellement des troupes, élever des redoutes, des saillants ou des redans... Il fallait suffisamment de détails pour que le cavalier, l'artilleur ou le fantassin aient une vision quasi immédiate du terrain, des obstacles et des matériaux qu'ils allaient rencontrer en cours de mouvements d'attaque ou de repli.

Aujourd'hui, l'infographie, c'est-à-dire l'image de synthèse et l'imagerie assistée par ordinateur, offre le moyen idoine pour découvrir, connaître et parcourir des régions plus vastes, de manière virtuelle, de pénétrer des espaces et ce à plusieurs échelles, par le truchement de l'effet zoom. Mieux encore, l'interactivité qu'autorise l'ordinateur permet de modifier une situation initiale à vue, voire en temps réel. S'agissant d'un projet d'aménagement spatial, d'ingénierie civile, d'urbanisme ou d'architecture, l'observateur a le loisir de comparer plusieurs variantes de solutions à un problème donné, en examinant chaque proposition de plusieurs points de vue, de près et de loin, dans son ensemble et dans le détail, et même de pénétrer à l'intérieur du bâtiment A la différence des maquettes traditionnelles, faites de balsa, de bristol ou de sagex, et généralement monochromes, qui se contentent de montrer la construction dans ses alentours immédiats, de façon relativement abstraite, la maquette infographique permet au contraire une vue extensive du projet, dans son contexte paysager le plus large. En plus, grâce à la précision des relevés photogrammétriques, photographiques et vidéographiques, comme au degré de résolution des images, l'accent peut être porté, pour un bâtiment par exemple, sur l'articulation des volumes, le traitement des façades, le choix des matériaux, l'expression des textures, qui représentent autant de paramètres et d'arguments pour le choix d'un parti vraiment pertinent.

Un réseau de compétences

L'Institut européen d'étude, de recherche et d'application du paysage alpin (IDERALPE) est installé au Parc scientifique de l'EPFL depuis septembre 1996. Il est notamment partenaire de la Chaire des systèmes d'information à référence spatiale (SIRS, Prof. François Golay), de l'Institut de géomatique du DGR-EPFL, de l'Unité d'information géographique et d'aide à la décision territoriale IGADT (Prof. Pierre Dumolard), du Laboratoire de la montagne alpine (LAMA, CNRS), de l'Université scientifique Joseph Fourier de Grenoble, et de l'Institut de géographie de la Faculté des lettres de l'Université de Lausanne (Prof. Laurent Bridel). Il collabore également avec le Laboratoire d'informatique théorique du DI-EPFL (Prof. Giovanni Coray), ainsi qu'avec l'Institut de géobotanique et de botanique systématique (Prof. Pierre Hainard), de la Faculté des sciences de l'UNIL.

Enfin, IDERALPE élargit son réseau de relations de travail à divers indépendants, spécialistes de tel ou tel domaine, dont les compétences sont requises en fonction des programmes d'étude et de recherche.

IDERALPE a mis au point un logiciel intégré à sa station ONYX Reality Engine 2, le logiciel IDEVISU. IDEVISU permet d'obtenir des effets de zoom et donc de passer d'une échelle de figuration à une autre sans solution de continuité.

Massif des Diablerets >Cabane des Diablerets
Projet de «métro» des Diablerets: Viaduc Projet de la station terminale du «métro» d'accès au glacier des Diablerets

L'aide à la décision

L'instrument informatique interactif d'aide à la décision que conçoit et développe IDERALPE s'adresse d'abord à des collectivités publiques et privées, qui sont parties prenantes dans des projets impliquant l'aménagement d'un territoire. Dans une société comme la nôtre, où la préparation des décisions relève généralement de commissions ad hoc, souvent constituées de tous milieux, profanes pour la plupart en matière de lecture de plans et de cartes géographiques, la présentation de projets sous la forme de maquettes infographiques est accessible à tous. Autrement dit, les intéressés consultés peuvent prendre leur décision, ou donner leur préavis, en parfaite connaissance de cause des résultats prévisibles, probables ou escomptés. L'instrument informatique interactif d'aide à la décision ne concerne donc pas que les promoteurs, publics ou privés, appelés à juger d'un projet restreint, n'entraînant que des conséquences localisées et à court terme. A la veille de transformations de plus en plus sensibles de notre environnement naturel, transformations consécutives à celles, prochaines, de notre économie rurale, il importe de disposer d'un outil performant, apte à montrer, de manière prospective, l'évolution possible, probable ou souhaitable du paysage, par la mise en oeuvre simulée de différents scénarios.


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© FI-spécial été du 1er septembre 1998