FI/9/98

Le commerce électronique
défis technologiques, défis de société

Christian Simm, Swiss Science & Technology Office for Western USA and Western Canada, simm@sciencelink.org

Table des matières

Avant propos

Instantané d'un domaine en mutation permanente et rédigé dans le contexte de la côte ouest américaine, ce document veut informer sans prétendre à l'exhaustivité. La mention d'entreprises et d'institutions est faite à titre d'exemple et ne représente ni un jugement de valeur, ni une caution de leurs activités.

Il a fallu 30 ans à la radio - et 15 à la télévision - pour atteindre 60 millions d'auditeurs. En quatre ans, Internet connecte déjà une centaine de millions de personnes à ce qui est devenu la plus formidable masse d'information et le plus grand centre d'achat de tous les temps.

Internet rend possible une nouvelle façon de mener des affaires, plus rapide, moins chère, court-circuitant de nombreux intermédiaires traditionnels, plus proche du client : le commerce électronique. Révolution dont le chiffre d'affaire reste (encore) faible comparé au commerce traditionnel (3% du PNB américain en 2002 selon des prévisions optimistes), mais dont l'impact sur la structure des marchés, le business model des entreprises sera considérable.

Terra incognita à bien des points de vues, le commerce électronique recèle beaucoup d'obstacles techniques à surmonter, beaucoup d'idées à faire éclore, beaucoup de concepts à développer. Les défis technologiques sont donc nombreux, comme le sont aussi ceux pour la société qui doit comprendre, digérer et utiliser pour le mieux ces nouveaux outils d'échanges. Cette analyse souhaite présenter certains de ces défis, car la Suisse a beaucoup d'atouts pour les relever !...

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LE COMMERCE ELECTRONIQUE

L'utilisation de moyens électroniques pour des transactions commerciales et des échanges d'informations est un mouvement amorcé dans les années 60, essentiellement par les banques. Ce mouvement s'est développé dès les années 70 avec les standards EDI (Electronic Data Interchange), autorisant la transmission de commandes, de factures et d'ordres de livraison sur des réseaux de communication souvent privés. Dès les années 80, ces réseaux transportent également des codes CAD/CAM permettant le travail collaboratif d'ingénieurs et de techniciens géographiquement éloignés. Cependant, les coûts liés à l'EDI sont prohibitifs pour les petites entreprises. Le commerce électronique, tel que défini ici, doit son essor à l'avènement très récent de nouvelles technologies:

Les bases du commerce électronique reposent sur les fondations suivantes: le développement d'un medium de transmission de données universel (Internet), la définition d'un langage de structuration hypertexte de l'information (HTML), la possibilité de créer des sites d'information répartis (la notion de Web), ainsi que la disponibilité de logiciels d'exploration et d'interprétation de ces sites (les browsers ou logiciels butineurs). A ces bases viennent s'ajouter les outils accompagnant la transaction marchande, qui peut être découpée en trois phases:

Contexte des technologies de l'information

L'utilisation croissante d'Internet active les développements dans les technologies de l'information (TI) qui, selon de nombreux observateurs, sont source de croissance économique [2]. Certains y voient même le moteur d'une nouvelle prospérité pour le prochain quart de siècle [3]. Voici quelques chiffres sur les TI [4,5]:

en mia USD19901998
Ventes de matériel116254
Ventes de logiciels60152
Part dans l'économie 6.1 %8.2 %
Contribution à la croissance du PNB6.2 %14.7 %
Nombre dčemployés3.7 mio4.5 mio
Valeur totale 171.2276.5

Commerce électronique aujourd'hui

Les statistiques précises et fiables sur le commerce électronique sont encore rares, la nouveauté du sujet ne laissant que peu de recul aux analystes. Ce sont donc des exemples et des estimations qui sont présentés ici:

19961997
Nombre de personnes connectées à Internet [6]40 mio100 mio
Nombre de Internet Domain Names enregistrés [7]627'0001.5 mio
Doublement du trafic Internet [8] tous les 100 jours
Ventes électroniques d'équipement Internet par l'entreprise Cisco Systems (USD)100 mio3.2 mia
Ventes par Internet de livres par Amazon.com (USD)16 mio148 mio
Nb. de demandes d'achat de voiture traitées par Auto-by-Tel345č0001.2 mio

Quant au volume total des transactions effectuées par Internet, il est estimé pour 1998 à environ 17 mia USD, soit plus du double qu'en 1997 [9]. Mis en perspective, ces chiffres révèlent que:

Prédictions

En 2002, les analystes prévoient que le volume annuel total des transactions par commerce électronique atteindra 327 mia USD, soit 3.2 % d'un PNB américain estimé à 9'993 mia [9]. La part business-to-consumer du commerce électronique, c'est-à-dire celle liée aux consommateurs individuels, subirait la croissance suivante [10]:

en mia USD19972001
Services financiers1.2 5
Habillement et chaussures0.090.5
Logiciels et matériel0.863.8
Loisirs0.3 2.7
Voyages0.657.4
Livres et musique0.151.1

Les hypothèses suivantes sur la rapidité de pénétration du commerce électronique ont été utilisé es par les analystes (entre parenthèses figurent les montants estimés en USD des ventes en 2001):

"Business-to-business"

Pénétration rapide Pénétration différée
BIENS DURABLES
essentiellement de l'équipement informatique et du matériel hight-tech, avec plus de 43 % des fabricants actifs sur Internet (99 mia)

VENTE EN GROS
grossistes de matériel de bureau, de composants électroniques et dčéquipements scientifiques (89 mia)

SERVICES
une présence physique reste privilégiée dans les relations avec des juristes, avocats, comptables, mé-decins (19 mia)

TRANSPORTS
la plupart des compagnies de transport ont lourde-ment investi dans des systèmes EDI (300 mio)

"Business-to-consumer"

Pénétration rapide Pénétration différée
VOYAGES
les agents de voyage seront court-circuités pour la re-cherche dčoffres spéciales et lčachat de billets dčavion (7.4 mia)

LOGICIEL ET MATERIEL INFORMATIQUE
domaine idéal pour le commerce électronique (3.8 mia)

LIVRES, MUSIQUE ET AMUSEMENTS
les achats en-ligne pourraient contribuer à une augmentation globale des ventes dans ce secteur (3.8 mia)

IMMOBILIER
Internet est utilisé lors de la recherche dčun objet et de son financement, mais les transactions resteront traditionnelles

ALIMENTATION
ces ventes seront inférieures à celles des cadeaux, fleurs et voeux commandés par Internet (460 mio)

SERVICES MEDICAUX
la télémédecine se développera comme outil, mais la relation personnelle avec le médecin restera clairement favorisée

Objectifs et structure de cette analyse

Instantané d'un domaine en mutation permanente et rédigé dans le contexte de la côte ouest américaine, cette analyse veut informer - sans prétendre à l'exhaustivité - sur quelques uns des nombreux défis technologiques et de société qui accompagnent l'émergence du commerce électronique. Elle se veut complémentaire de diverses études réalisées en Suisse, entre autres par le Fonds national [11], le Conseil suisse de la science [12] et le consortium Bilanz/Cisco/IfI [13]. Grâce aux nombreuses références citées, si possible avec une adresse Web, cette analyse offre un accès direct à de nombreux acteurs de cette mutation.

L'analyse passe tout d'abord en revue quelques exemples du commerce business-to-business et business-to-consumer. Certains problèmes importants à résoudre sont décrits, avant d'évoquer deux faces cachées, mais néanmoins importantes du commerce électronique, importantes par leur rôle dans le développement de nouvelles technologies.

Divers défis technologiques - directement ou indirectement liés au commerce électronique - sont ensuite énumérés, en mentionnant si possible les acteurs en train de défricher le domaine. Le rapport examine finalement le rôle des décideurs politiques et des pouvoirs publics, et conclut sur la nécessité d'une réflexion pour comprendre et gérer l'impact de cette nouvelle forme de négoce sur la société.

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COMMERCE BUSINESS-TO-BUSINESS

L'utilisation de transactions électroniques entre entreprises permet, entre autres, de baisser le coût des achats, de réduire et d'optimiser les inventaires, d'accélérer la mise sur le marché de nouveaux produits, de soigner le service à la clientèle, de diminuer les dépenses pour la vente et le marketing, d'ouvrir de nouveaux marchés. L'essentiel de ces transactions s'effectue aujourd'hui encore par EDI, souvent sur des réseaux privés considérés comme sécuritaires et développés au prix fort par les grandes entreprises. Le coût et la complexité des standards rendent l'EDI difficilement accessible aux PME, puisqu'il faut parfois dépenser jusqu'à 50'000USD pour ajouter un nouveau partenaire commercial dans un tel dispositif [10].

Si aujourd'hui, la valeur des transactions effectuées par EDI est encore 14 fois supérieure à celle du commerce Internet, ces chiffres devraient s'équivaloir d'ici 2003, date à laquelle 30% du trafic EDI devrait transiter par Internet (source : Gartner Group). En effet, de nouveaux outils informatiques permettant de convertir les documents EDI en format Web, puis de les transmettre sur Internet sont en voie de développement, ainsi qu'un nouveau langage pour coder les pages Web, qui ne définit plus leur aspect, mais leur contenu (XML - eXtensible Markup Language). Les acteurs de ces changement sont des start-ups telles que EC Co, (www.eccompany.com ), WebMethods (www.webme thods.com ), ainsi que les fournisseurs de solutions EDI, par exemple General Electric Information Services (www.geis.com), Harbinger (www.harbinger.com ) ou Sterling Commerce (www.sterlingcommerce.com ).

Plusieurs façons d'intégrer le commerce électronique sur Internet dans la stratégie d'entreprise sont examinées ici. Le commerce électronique permet à Cisco Systems de limiter le personnel affecté au soutien technique et d'investir ses ressources dans le développement de nouveaux produits, garants de son avance technologique. Il transforme FedEx qui, d'une entreprise de courrier rapide, devient un service complet de logistique et d'entrepôts virtuels. De nouvelles méthodes de gestion de l'information sont rendues nécessaires par l'énorme quantité de données générées par le commerce électronique et Internet.

Exemple Cisco Systems

Cisco Systems Inc. (www.cisco.com) est l'exemple business-to-business le plus incontournable, puisqu'un tiers du chiffre d'affaire du commerce électronique mondial est actuellement généré par cette seule entreprise. Cisco produit des équipements pour le réseau Internet (routeurs, commutateurs, dispositifs d'interconnection, etc.), pour un chiffre d'affaires 1997 de 6.4 mia USD, dont environ la moitié grâce à des ventes par Internet.

Les produits de Cisco se prêtent particulièrement bien au commerce électronique, puisqu'ils sont fabriqués sur mesure, selon les besoins spécifiques de chaque client. Grâce au site Web de Cisco et des outils d'aide incorporés, le client - en principe un spécialiste informatique - est capable de configurer lui-même l'équipement souhaité, de visualiser son prix et de passer directement commande. Des dizaines de milliers de commandes ont été passées de cette façon en 1997. Lorsque l'équipement est installé, le client télécharge les logiciels nécessaires pour son fonctionnement. Ce faisant, Cisco réussit à gérer électroniquement 70% des demandes de support technique, économise sur les frais de duplication, d'emballage et de distribution des logiciels, et s'évite d'importants coûts de publicité et de marketing. Cisco estime ainsi avoir économisé 363 mio USD en une année, soit 17% de ses coûts de fonctionnement.

Son site Web est donc le lien vital entre Cisco et ses fournisseurs, sous-traitants et partenaires, qui y trouvent la liste continuellement mise à jour des commandes et peuvent ainsi construire celles-ci sur mesure, puis les envoyer directement chez les clients. En externalisant 70% de sa production, Cisco a pu quadrupler sa production sans bâtir de nouvelles usines et accélérer notablement l'introduction de nouveaux produits sur le marché. Ces chiffres sont le résultat d'une politique volontariste de management moderne de l'information, qui se reflète entre autres dans la taille impressionante du site Web de Cisco [14].

Exemple Federal Express

FedEx est l'une des plus grandes compagnies privées de courrier rapide dans le monde qui, avec une flotte de 37'000 camions et 562 avions, livre journellement 2.5 millions d'envois dans 211 pays. La gestion de ces envois génère plus de 45 millions de transactions chaque jour, menées sur un système EDI spécifique baptisé Cosmos qui, en collectant une masse de précieuses informations sur les habitudes des clients (qui envoie quoi à qui, et quand), permet d'optimiser la logistique et donc la ponctualité des livraisons.

En constatant que l'information sur un envoi a, pour le client, souvent autant de valeur que l'envoi lui-même, FedEx utilise Internet pour offrir un nouveau service totalement décentralisé: le suivi en temps réel du cheminement de cet envoi. En ce faisant, FedEx économise le personnel auparavant affecté aux renseignements téléphoniques et ne gère plus seulement des flux de biens matériels, mais aussi des flux d'informations entre clients, vendeurs et fournisseurs. Ce mécanisme de suivi peut être utilisé par d'autres entreprises, qui ont ainsi la possibilité d'offrir un service supplémentaire à leurs clients.

Mais Internet et sa disponibilité universelle ont permis à FedEx d'aller encore un pas plus loin, en offrant des services complets de logistique à d'autres (en gérant par exemple tout le processus depuis la prise de commande, les stocks, l'emballage jusqu'à l'envoi pour la marque de vêtements Laura Ashley), puis celui d'entrepôt virtuel. Parfaitement adapté aux détaillants et revendeurs opérant sans magasins à partir de catalogues idéalement informatiques et disponibles sur le Web, ce service transmet immédiatement toute commande au fabricant du produit, gère les formalités de transport et livre directement au client, souvent sans que le détaillant ne voie le produit. Grâce à Internet et au commerce électronique, FedEx s'est inventé un nouveau métier [15].

Autres exemples

Le commerce électronique par Internet est aussi en train de révolutionner les services d'achat dans les entreprises, puisqu'il permet de comparer très rapidement les offres d'un grand nombre de fournisseurs: Boeing (www.boeing.com ) ou General Electric (www.ge.com), par exemple, économisent ainsi des sommes considérables, tout en accélérant les processus d'acquisition [4]. Des services de bourses spécialisées voient le jour sur le Web, où des composants ou des équipements se négocient comme des papiers-valeurs ou des matières premières: FastParts (www.fastparts.com ) en est un exemple pour les composants électroniques. Des agents informatiques sont en train d'apparaître, qui parcourent le Web à la recherche du meilleur prix pour un article donné, comme par exemple Jango (www.jango.com).

Les énormes masses de données disponibles sur Internet, ainsi que celles générées par le commerce électronique, sont le moteur du développement d'entreprises spécialisées dans la gestion et l'exploitation de l'information. En effet, les données archivées électroniquement croissent d'environ 300% par an, alors que moins de 15% de celles-ci sont effectivement analysées (source: Gartner Group). Cela contribue à l'essor du Data Mining et des techniques d'extraction des connaissance [16], ainsi que de spécialistes de la gestion de documents comme Documentum (www.documentum. com), de la récolte et du traitement de données comme SAIC Inc. (www.saic.com ), Dialog Corporation (www.dialog.com ), Lexis-Nexis (www.lexis-nexis.com ) ou Westlaw (www. westlaw.com ), ainsi que de la diffusion d'information par des canaux personnalisés comme Diffusion (www. diffusion.com ).

Quelques défis

Le volume total du commerce électronique en 2002 devrait atteindre plus de 300 mia USD, ce qui ne représentera cependant qu'environ 3 % du PNB américain. Un déployement plus large du commerce business-to-business par Internet se heurte actuellement à trois freins principaux : les incertitudes autour du futur cadre juridique, le souci d'une sur-taxation gouvernementale des transactions électroniques et les craintes autour des performances, de la fiabilité et de la sécurité d'Internet.

Des solutions technologiques peuvent être apportées à certains de ces problèmes, par exemple un standard universel d'authentification et de signature numérique (voir plus loin), des logiciels de cryptage, des outils donnant à un seul interlocuteur la responsabilité pour toutes les composantes d'un extranet (qui réunit par définition un grand nombre d'intervenants, par contraste aux réseaux EDI propriétaires).

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COMMERCE BUSINESS-TO-CONSUMER

Produits numériques et services

De nombreux produits et services actuellement vendus sous une forme matérielle sont progressivement livrés numériquement au consommateur: logiciels, musique, articles de presse, billets d'avion, actions/papiers-valeurs, contrats d'assurances, etc. Les entreprises économisent ainsi en capital investi, ainsi qu'en frais de stockage, de présentation et de distribution, s'évitent les intermédiaires, tout en soignant une approche personnalisée du client - le one-to-one marketing - à l'aide d'outils tels que ceux développés par exemple par OpenMarket (www.openmarket.com ), Broadvision (www.broadvision.com ) ou iCat (www.icat.com ).

Dans l'industrie du voyage, cette évolution est particulièrement marquée, sans doute parce que les systèmes de réservation informatisés y sont chose courante depuis longtemps. Les ventes de billets d'avion par Internet ont ainsi passé de 276 mio USD en 1996 à 816 mio en 1997, et pourraient atteindre 5 mia en l'an 2000, soit 7% du revenu pour le transport de passagers des compagnies aériennes américaines [17]. Les compagnies sont évidemment très intéressées par cette évolution, les coûts liés à la vente des billets (marketing, publicité, salaires des employés et commissions des agents de voyage, informatique, etc.) étant leur deuxième plus importante dépense [18]. De plus, Internet leur permet d'augmenter le taux de remplissage des avions, en mettant aux enchères les places invendues, pratique qui pourrait se généraliser [19].

Mais la révolution Internet ne s'arrête pas là. Des sites Web spécialisés comme Travelocity (www. travelocity.com ), Expedia (www.expedia.com ) ou Internet Travel Network (www.itn.com) se profilent comme agents de voyage virtuels qui prennent des réservations de vacances, cartographient les trajets routiers, donnent les prévisions météorologiques à destination, parcourent les bases de données à la recherche de la meilleure offre, informent le client par e-mail ou sur son pager des fluctuations des tarifs aériens. Nombre d'hôtels et d'hébergements se présentent déjà de façon détaillée grâce à un site Web; bientôt il sera possible de visionner à travers Internet une vidéo de son futur logement de vacances...

Les transactions boursières par Internet sont un autre domaine en plein essor en Amérique, où posséder et négocier des papiers-valeurs est chose courante. En court-circuitant les opérateurs traditionnels, les courtiers électroniques offrent un service 24 heures sur 24 pour un prix par transaction souvent 10-15 fois inférieur. Les acteurs de ce marché, tels qu'Ameritrade (www.ameritrade.com ), Charles Schwab (www.schwab.com ), E*Trade (www.etrade.com ) ou Quick & Reilly (www.quick-reilly.com ), élargissent constamment leur offre, en proposant de négocier non seulement des actions, mais aussi des fonds de placement, des obligations, des options, des IPO (Initial Public Offerings), voire même des junk bonds. Certains d'entre eux offrent même des prêts sur Internet, en s'alliant à des compagnies spécialisées comme E-Loan (www.eloan.com). La compétition entre ces courtiers électroniques suscite des études comparatives de leurs performances (par exemple Gomez Advisors, www.gomez.com) et pose, entre autres, la question suivante: la baisse impressionnante du coût des transactions amènera-t-elle une accélération du négoce des actions, donc une volatilité accrue des marchés boursiers, voire obligera-t-elle les patrons à gérer leur entreprise en fonction d'échéances encore plus à court terme que l'actuelle annonce trimestrielle des résultats ?

Produits matériels

Les produits matériels actuellement les plus vendus par Internet sont les équipements informatiques, les livres et les disques, les habits et les cadeaux (fleurs, cartes de voeux, etc.). Pour l'instant, Internet est cependant avant tout utilisé pour la recherche d'informations avant achat, puisque 64% des internautes butinent le Web pour choisir l'objet souhaité, mais se rendent dans un magasin ou utilisent un téléphone pour l'acquérir [20].

Mondialement, plus de trois millions de titres de livres sont actuellement disponibles, alors que la plus grande librairie en compte environ 175'000 dans ses rayons. Avec son catalogue de plus de 2.5 millions de titres, Amazon.com (www.amazon.com ), une entreprise créée en juillet 1995 comme pur produit du commerce électronique, peut donc effectivement prétendre être la plus importante librairie du monde [21]. Amazon.com est originale à plus d'un titre: jusqu'à récemment, l'entreprise n'avait pas d'entrepôts propres, économisait les coûts liés en capital et dépréciation, et se procurait ses commandes auprès de grossistes associés. A l'aide d'une base de données très performante, elle permet au client de faire des recherches dans l'ensemble du catalogue, par mots-clé, par catégories, parfois par contenu, mais aussi selon les recommandations d'autres lecteurs. Mais surtout, Amazon.com garde une trace des goûts de ses clients pour leur faire des suggestions, guider leurs choix, leur faire découvrir le livre qu'ils n'auraient sans doute jamais trouvé eux-mêmes [21].

Grâce à des milliers d'alliances avec d'autres acteurs du Web, Amazon.com pousse la personnalisation encore plus loin, par exemple lorsqu'une recherche Internet sur un sujet spécifique, à l'aide d'un engin de recherche comme Yahoo, donne non seulement la réponse souhaitée, mais suggère aussi divers livres y relatifs ! Utilisant son expérience, son infrastructure et des stratégies similaires, Amazon.com pénètre actuellement le marché des disques, dont l'un des pionniers est CDnow (www.cdnow.com).

Un rôle similaire d'intermédiaire intelligent est joué par des acteurs comme Autoweb (www.autoweb.com ) ou Auto-by-Tel (www.auto-by-tel.com ), qui se profilent comme aiguilleurs entre acheteurs et vendeurs de voitures. Pour l'acheteur, ils facilitent la récolte d'informations, la comparaison des prix, la négociation d'un prêt ou d'un contrat d'assurance, mais surtout obtiennent des offres fermes des garagistes les plus proches, service d'autant plus appréciable qu'aux Etats-Unis, les négociations avec les vendeurs de voitures demandent des nerfs particulièrement solides. Pour le vendeur, ces aiguilleurs diminuent notablement les coûts d'acquisition de nouveaux clients.

Ce rôle d'intermédiaire est encore raffiné dans des ventes aux enchères par Internet comme First Auction (www.firstauction.com ). Fonctionnant 24 heures sur 24, 7jours sur 7, ce type de commerce électronique profite de la nature interactive du Web et du grand nombre de clients potentiels. Il est conçu comme un divertissement, voire un jeu, et attire les internautes par des mises de départ souvent sous le prix de revient de l'article. Cinq mois après son lancement en juillet 1997, First Auction comptait déjà 100'000 miseurs réguliers, 30'000 visiteurs chaque jour et 5'000 articles vendus par semaine. Dans cette foulée émergent actuellement des services qui permettraient à chaque internaute d'organiser sa propre vente aux enchères sur le Web.

Quelques défis

De nombreux obstacles restent à surmonter avant que le négoce électronique ne développe son plein potentiel et pénètre toutes les facettes des habitudes de consommation.

Les créateurs de logiciels, de musique, d'écrits, d'images fixes ou animées craignent le piratage, voire la copie et la vente illégales des produits numériques dont ils ont la propriété intellectuelle. De nombreux travaux sont en cours pour essayer de doter ces produits d'identificateurs numériques, de filigranes électroniques. Une réglementation universelle est par ailleurs en cours d'élaboration au sein de l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI).

Pour certains produits ou services, la bande passante des réseaux est cruciale. L'industrie du multi-média, mais aussi la télé-médecine ou le télé-enseignement n'utiliseront véritablement Internet que le jour où le transfert des données sera considérablement plus rapide. C'est également le trop faible débit des réseaux qui empêche pour l'instant une présentation plus attrayante des produits, qui se baserait sur des images tri-dimensionnelles, idéalement manipulables par l'utilisateur, des animations, voire des vidéos. De nombreux travaux cherchent aussi à développer des techniques bon marché de visualisation 3D par effet stéréoscopique, par exemple VRex Inc, www. vrex.com [22].

Pour rendre les produits plus réels, plus palpables, d'autres technologies doivent encore être mises au point, telles que la fusion d'images (par exemple prendre l'image d'un meuble dans un catalogue électronique et l'insérer dans la photo numérisée de son salon, pour juger de l'effet) ou le retour de force sur l'interface (souris ou manche à balai) utilisé par l'internaute. Cette dernière technique, qui vient de faire son apparition dans certains produits de Logitech (www. logitech.com ), permet à la main qui manipule l'interface de sentir des textures ou des forces (telle que le poids).

La sécurité des transactions par Internet est évidemment une grande préoccupation, tant du côté des vendeurs que des consommateurs. Le vendeur souhaite vérifier l'identité et/ou la solvabilité de son client. L'acheteur, quant à lui, désire essentiellement protéger sa sphère privée. Il n'aime pas que les sites Web récoltent des informations sur leurs visiteurs à leur insu (à l'aide de cookies). Internet ne lui permet pas les achats anonymes, courants dans le commerce traditionnel lors des paiements comptants. Il craint non pas tellement l'interception du numéro de carte de crédit lors de sa transmission par Internet, mais plutôt son archivage et son usage subséquent non contrôlé. Plus de 75% des utilisateurs d'Internet l'utiliseraient davantage si leurs données personnelles étaient mieux protégées [23].

Dans certains cas, le cadre légal reste à définir. Certains métiers, comme la vente de voitures, sont réglementés différemment d'un pays à l'autre, voire d'un état à l'autre aux Etats-Unis: Autoweb doit-il donc disposer de patentes multiples, une dans chaque état ? Un commerçant en automobiles a-t-il le droit de vendre des prêts ou des assurances? Le problème de la patente est encore plus aigu pour les ventes aux enchères, habituellement très strictement réglementées, car les participants dispersés dans le monde entier échappent à l'unicité du for juridique.

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FACES CACHEES DU COMMERCE ELECTRONIQUE

Il peut sembler incongru de traiter des industries du jeu et du sexe dans une analyse mettant en évidence quelques défis technologiques du commerce électronique sur Internet. Mais ce serait sans compter l'importance, même si elle est souvent occultée, de la part de marché de ces industries et du rôle moteur qu'elles jouent dans le développement de nouvelles technologies, de nouvelles formes d'expression, de nouveaux comportements.

Industrie du jeu

Deux types d'industrie du jeu doivent être considérés. Le premier, qui inclut les casinos, loteries, paris, etc., génère aux Etats-Unis un chiffre d'affaire annuel de 500 mia USD pour un bénéfice d'environ 40 mia USD. Cela en fait une branche économique plus importante que les industries du cinéma et du disque réunies, qui a très rapidement attiré les projets sur Internet. Ces projets utilisent des présentations graphiques et des techniques de transactions financières souvent sophistiquées, et paraissent d'autant plus séduisants qu'ils peuvent être physiquement localisés n'importe où dans le monde (les serveurs Web visant le marché américain sont souvent établis dans les Caraïbes). Ils cherchent à échapper ainsi aux contraintes légales et fiscales nationales, et représentent donc un important défi pour les législateurs.

L'autre facette de l'industrie du jeu est celle popularisée par des consoles du type Sega ou Nintendo. Dorénavant libérés de ces consoles, accessibles depuis le monde entier par Internet, généralement conçus pour plusieurs participants (dont l'anonymité permet beaucoup plus d'excès), ces jeux électroniques utilisent souvent ce qui se fait de mieux en terme d'interactivité et de graphisme. En 2001, 23 millions de ménages participeront à ces tournois en-ligne, et généreront des recettes de plus 1.6 mia USD (estimation: Forrester Research). De nombreuses entreprises au nom fréquemment évoquateur cherchent à occuper le créneau, telles que Battle (www.battle.net ), Engage (www.engage.net ), Kali (www.kali.net ) ou Heat.net (www.heat.net ). Cette dernière vient de développer avec l'entreprise PostLinear (www.postlinear.com ) un outil qui en fait un acteur sophistiqué du commerce électronique. A l'aide d'une technologie appelée Transactor, les joueurs pourront dorénavant acheter, vendre ou échanger des LEDO's (Limited-Edition Digital Objects), atouts virtuels (essentiellement des armes, des informations ou des aptitudes) pour prendre le dessus sur leur(s) adversaire(s). Coûtant entre 0.50 et 15 USD chacun, ces atouts restent en possession du joueur lorsqu'il quitte la partie et demandent donc un suivi sophistiqué de la part de Heat.net (base de données et facturation).

Industrie du sexe

Peu d'informations détaillées sont disponibles sur la part de marché de l'industrie du sexe dans le commerce électronique. Zona Research (www.zonareseach.com ) l'estime à 560mio USD en 1998, du même ordre de grandeur que les ventes par Internet de livres ou de voyages (globalement, ce secteur génère un chiffre d'affaire annuel d'environ 6 mia USD aux Etats-Unis). Un autre éclairage est donné par une analyse du psychologue Al Cooper qui, en utilisant l'engin de recherche AltaVista, trouve 70'000 sites Web contenant le mot sexe en 1996, un chiffre qui passe à 7 millions au début 1998 [24].

Cette industrie très particulière pousse les développements technologiques dans de nombreux domaines: le transfert plus rapide d'images ou de vidéos (c'est-à-dire l'essentiel du contenu de ce type de sites Web), toutes les formes de paiement électronique et de vérification d'identité ou d'âge, les techniques de chiffrage, la protection des mots de passe. Plus récemment, c'est l'interactivité qui est très en demande. Avec l'avènement de caméras vidéo numériques bon marché, d'interfaces Web pour les commander à distance et de logiciels permettant de créer facilement un home-business sur Internet, presque n'importe qui peut créer, depuis chez lui, un peep-show électronique.

QUELQUES DEFIS TECHNOLOGIQUES

Le commerce électronique par Internet génère au moins deux types de développements technologiques. Il y a d'une part ceux destinés à garantir son bon fonctionnement et son extension future, dont certains sont décrits plus loin. Mais tout aussi intéressants sont ceux qui résultent du bouleversement des business models, de cette terra incognita dans laquelle les idées les plus originales peuvent éclore. Que ce soit un dispositif d'affranchissement électronique du courrier postal, rechargeable par Internet, tel que développé par E-Stamp (www.estamp.com ), l'offre de Brigade Solutions (www.brigadesolutions.com), à qui des grosses entreprises sous-traitent leur service à la clientèle par Internet et qui utilise des opérateurs en Inde, ou l'un des produits décrits plus loin, les défis sont innombrables.

Récolte et protection des données personnelles

La récolte massive de données personnelles sur les consommateurs et leurs habitudes ne date pas de l'avènement d'Internet, puisqu'elle est un produit dérivé de la généralisation des cartes de crédit et un objectif des cartes de fidélisation. Le commerce électronique apporte cependant deux changements majeurs : d'un côté, ces données sont plus rapidement récoltées et surtout plus rapidement échangées entre entreprises, et de l'autre, ces deux actions peuvent se faire à l'insu du consommateur.

L'exemple du formulaire de garantie pour un barbecue à gaz Grillmaster est parlant. Il ne contient pas moins de 29questions, sur des sujets aussi variés que le niveau scolaire du client, son salaire, ses violons d'Ingres, ses couvertures d'assurance, la fréquence de ses migraines ou les maladies dont il a souffert par le passé. Actuellement, le client le remplit à la main et peut donc refuser de répondre à certaines questions. Lorsque ce formulaire devra être complété sur Internet, il sera facile au fournisseur de rendre les réponses obligatoires. Ces données permettent à l'entreprise d'affiner son marketing, mais font également l'objet d'un commerce très actif, puisqu'elles sont souvent vendues, mélangées avec d'autres, reformulées, puis revendues. Le consommateur ne dispose d'aucun droit formel de consultation de ses données personnelles (d'ailleurs comment en garderait-il la trace), les lois américaines très libérales en la matière comptant sur l'auto-régulation du marché pour établir des normes de protection des données. Le consommateur n'étant pas en confiance, autant le législateur que les entreprises devront rapidement prendre des mesures s'ils veulent faire véritablement décoller le commerce électronique business-to-consumer.

Le commerce électronique promet d'être l'outil de marketing personnalisé par excellence. Il veut délivrer, en temps réel et de façon différenciée, des informations et de la publicité adaptées au profil du client. La détermination de ce profil se fait souvent à l'aide de cookies, des mouchards électroniques placés dans l'ordinateur du client, souvent à son insu, lors de la consultation de certains sites Web. Ce mouchard garde une trace des habitudes de butinage Internet, qu'il peut retransmettre ultérieurement. Parmi les développeurs de ce type de logiciels se trouvent DoubleClick (www.doubleclick.com ), NetGravity (www.netgravity.com ) et Intermind (www.intermind.com ).

Si ces techniques très pointues sont évidemment appréciées des entreprises, elles ne le sont pas nécessairement des consommateurs. Il existe donc aussi un marché pour des contre-mesures destinées à préserver la sphère privée de l'internaute. Lucent Technologies propose par exemple de camoufler l'identité de l'internaute (et fournit de nombreuses informations sur la protection des données personnelles sur son site Web www.lpwa.com:8000/background.html ). Cette solution ne satisfaisant pas les vendeurs, qui doivent s'assurer de la solvabilité des acheteurs, Privada Inc. (www.privada.net ) lancera prochainement un logiciel cryptant séparément les données personnelles et les informations financières pour chaque transaction. Les vendeurs seront donc assurés d'être payés et pourront continuer d'analyser les habitudes d'achat et de butinage des clients, sans cependant connaître leur identité.

Sécurité et transactions électroniques

Dans le monde réel, la confiance entre le vendeur et l'acheteur est établie par l'utilisation de pièces d'identité, de signatures manuscrites, de billets de banques, etc. Diverses institutions se portent garantes de leur authenticité : l'Etat pour les passeports ou les cartes d'identité, la Banque nationale pour la valeur de la monnaie. Dans le monde virtuel du commerce électronique, ces mécanismes d'authentification, de certification doivent être créés et font l'objet d'une compétition acharnée entre fournisseurs de solutions. Le sujet est d'ailleurs trop vaste pour être complètement couvert ici : le lecteur intéressé en trouvera diverses descriptions dans la littérature [25, 26].

Schématiquement, deux types d'outils sont actuellement privilégiés pour garantir les transactions par Internet. Les signatures électroniques sont développées par des entreprises telles que RSA Data Security (www.rsa.com), Certicom (www.certicom.com ),Terisa (www.terisa.com ) ou Brokat (www.brokat.com ). D'autres créent des autorités de certification, comme VeriSign (www.verisign.com ), EnTrust (www.entrust.com ), X-Cert (www.xcert.com ), Certco (www.certco.com ) ou Entegrity (www.entegrity.com ). En Suisse, les chambres de commerce viennent de lancer un organisme de certification Internet baptisé SwissKey (www.swisskey.com ), en collaboration avec Swisscom et Telekurs. Pour véritablement servir un marché par définition mondial, ces diverses intiatives doivent cependant faire face au même défi: devenir la référence universelle, ce qui passe par exemple par une stratégie agressive de distribution gratuite des licences d'utilisation.

Les valeurs transférées lors d'une transaction électronique ne sont pas nécessairement monétaires: le commerce par Internet permet théoriquement d'utiliser des coupons, des jetons de casino, des milles (d'un programme de fidélisation de compagnie aérienne), des bons, des pseudo-monnaies (Disney$), etc., voire des heures de travail (d'un artisan ou d'un consultant, par exemple). Ces échanges de valeurs ne se feront d'ailleurs pas qu'entre entreprises et consommateurs, mais également entre individus. De plus, les analystes prévoient que 80% des transactions monétaires par Internet en l'an 2000 porteront sur des montants inférieurs à 10 USD, le coût de la transaction elle-même devenant alors un élément critique de rentabilité. L'échange, simple et bon marché, de jetons (tokens) pouvant prendre différentes valeurs est donc un domaine porteur, dans lequel sont actives des entreprises telles que CyberCash (www.cyberscash.com ), DigiCash (www.digicash.com , avec laquelle travaille le Crédit Suisse) ou MilliCent (www.millicent.digital.com ). D'autres initiatives visent à utiliser comme moyen de paiement des cartes à puce rechargeables, qui nécessitent cependant l'installation de lecteurs ad'hoc et peinent à devenir un standard international.

Interface utilisateur

La convivialité de la relation humaine avec son boulanger favori ne sera jamais égalée par le commerce électronique. L'odeur des croissants non plus d'ailleurs, même si au moins leur représentation sous forme d'image numérique 3D fera l'objet de grands progrès dans le futur (voir en page 12). L'identification du commerçant sur Internet, quant à elle, mérite d'être simplifiée et unifiée, afin qu'il ne soit plus nécessaire de taper une adresse de site Web compliquée (l'URL), mais qu'une syntaxe aussi proche que possible du langage naturel puisse être utilisée. Ce développement représente non seulement un défi technique, mais aussi juridique (relation entre marque de commerce et URL) et de standardisation internationale (attribution des domain names).

La convivialité du commerce électronique sera aussi grandement améliorée lorsqu'il sera possible de parler, idéalement en langage naturel, à son ordinateur. De nombreuses recherches sont entreprises dans le domaine de la reconnaissance vocale [27], les premiers produits utilisables commercialement à large échelle arrivant à maturité (le marché étant estimé croître de 350 mio USD actuellement à 8 mia en 2001; source: TMA Associates). Diverses grandes entreprises américaines (Charles Schwab, UPS, Sears, E*Trade, etc.) utilisent depuis peu des systèmes de reconnaissance vocale pour une partie de leurs relations avec la clientèle, en particulier comme complément aux interactions à travers le Web. Les produits de Nuance Communications (www. nuance.com ), un spin-off du laboratoire Stanford Research International (SRI), et d'Applied Language Technologies (www.altech. com ), un spin-off du MIT, ont actuellement le vent en poupe.

Livres et disques en mutation

Depuis l'avènement du disque compact, la musique est enregistrée de façon numérique et se prête idéalement à un transfert sous forme de fichier informatique. Diverses entreprises comme RealAudio (www.real.com), N2K (www. n2k.com) ou Headspace Inc. (www.headspace.com ) exploitent cette possibilité et distribuent de la musique sur Internet. En empruntant des voies résolument nouvelles, ce mécanisme de diffusion remet en cause la structure même de l'industrie du disque, provoque un réarrangement des rapports de force entre musiciens, producteurs et distributeurs, mais pose aussi clairement le problème des droits d'auteurs et des copies illégales. Des entreprises comme Liquid Audio (www.liquidaudio.com ) et A2B (www.a2bmusic.com ) proposent déjà des techniques de cryptage et de localisation (tracking) des fichiers musicaux distribués sur Internet. Quant au stockage des fichiers chez le client, il peut se faire sur bande, sur disque compact à l'aide d'enregistreurs ad'hoc et, nouvellement, sur des baladeurs Internet proposés par Audible (www.audible.com ), en fait un petit boîtier d'une centaine de grammes contenant un processeur couplé à une mémoire flash de 4 MB capable de contenir 2 heures de musique.

L'industrie du livre est en train de découvrir le même type d'idées novatrices. Diverses entreprises comme Lightning Print (www.lightningprint.com ) sont en train de constituer des bibliothèques numériques, en achetant des droits de publication et en opérant une saisie des textes, si nécessaire. Ces ouvrages devenus fichiers informatiques peuvent être téléchargés dans des livres électroniques, qui ressemblent à l'écran d'un ordinateur portable sans le clavier, tels que les développent Librius (www.librius.com ), SoftBook Press (www.softbookpress.com ), NuvoMedia (www.nuvo media.com ) ou Everybook Inc. (www.everybk.com ), ce dernier se présentant comme un volet à deux pages (en attendant que ces écrans deviennent flexibles comme une feuille de papier). Mais ces ouvrages informatiques peuvent aussi être imprimés et reliés de façon décentralisée, même à un seul exemplaire, grâce à des nouvelles machines développées par IBM et Xerox. A terme, il n'y aura ainsi plus de livres épuisés, et la vraie mutation commencera lorsque Amazon.com imprimera ses commandes au fur et à mesure...

Protection des bits

La numérisation de nos écrits, de nos sons et de nos images, l'utilisation de plus en plus omniprésente de l'informatique et donc aussi le commerce électronique génèrent une croissance impressionnante des volumes d'information à archiver. Dans l'euphorie de supports de stockage dont le prix par unité archivée tombe en chute libre, la pérennité de ce stockage n'a pas reçu toute l'attention nécessaire. Une analyse du National Media Laboratory (www.nml.org /MediaStability) révèle en effet que même dans des conditions optimales, un CD-ROM, une bande magnétique ou un disque magnéto-optique peuvent devenir illisibles après cinq à dix ans déjà. Et c'est sans compter avec les logiciels utilisés pour lire/écrire l'information, qui ne fonctionneront plus avec les futures versions des systèmes d'exploitation. Cette évolution, qui pose déjà des problèmes majeurs à des institutions à priori aussi sérieuses que la NASA ou le Département de la défense, appelle des solutions techniques. Des entreprises comme Norsam Technologies (www.norsam.com ) y travaillent, avec une proposition aussi originale qu'un retour aux données analogiques.

Non seulement les archives doivent être protégées, mais évidemment aussi les données actuellement disponibles sur le Web, éléments critiques du commerce électronique (pour Cisco par exemple, le chiffre d'affaire journalier par Internet se monte à plus de 8 mio USD). La gestion d'un parc de serveurs et des connexions au réseau pouvant devenir fort complexe, de nombreuses entreprises choisissent de la sous-traiter. C'est ainsi que se développe une nouvelle forme de service appelé data center, en fait de véritables forteresses dans lesquelles sont installés les serveurs Web de tiers. Equipé de systèmes de sécurité sophistiqués, offrant différents niveaux de service technique permanent, raccordé à Internet par des lignes à très haut débit partant dans toutes les directions (pour prévenir une coupure accidentelle lors d'excavations), Exodus (www.exodus.com ) en est un excellent exemple.

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DEFIS DE SOCIETE

Défis politiques

"I call upon all Internet users - both in government and in the private sector - to join me in seeking global consensus... so that we may enter the new millenium ready to reap the benefits of the emerging electronic age of commerce." Président Bill Clinton

"Trade and commerce on the Internet are doubling and tripling every year. In just a few years, the Internet will be generating hundreds of billions of dollars in sales of goods and services. If we establish an environment in which electronic commerce can flourish, then every computer can be a window open to every business, large and small, everywhere in the world." Vice President Al Gore

"The Clinton Administration recognizes that electronic commerce is a process that is driven by the private sector and that the government should take a contractual rather than regulatory approach to addressing issues requiring policy or legal redress." U.S. Secretary of Commerce Bill Daley

C'est de cette façon enthousiaste, conquérante et très libérale que les dirigeants américains préfacent la United States Government Electronic Commerce Policy (www.ecommerce. gov ). Le Conseil fédéral adopte, quant à lui, des termes plus nuancés dans sa Stratégie pour une société de l'information en Suisse du 18 février 98 ( www.admin.ch/bakom/tc/Infogesellschaft/Infostrategie_des_BR_f.htm ):

"Il (le Conseil fédéral) est toutefois conscient du fait que les nouvelles technologies d'information et de communication ne sont pas une panacée, qu'elles comportent des risques en matière de protection de la personnalité et des droits fondamentaux des personnes, et qu'elles pourraient mener à des exclusions et à des inégalités sociales ou économiques. A mesure que la société de l'information se développe, l'Etat doit donc veiller à réduire ces risques et à renforcer les facteurs d'intégration."

Ce faisant, il agit dans la tradition sociale des pays d'Europe continentale, mais aura comme défi - comme ces pays d'ailleurs - de défendre sa position dans des institutions internationales telles que l'OMC (Organisation mondiale du commerce), dont le directeur général Renato Ruggiero vient de déclarer dans une interview: Unleash E-commerce Now!.

Défis pour les pouvoirs publics

Les déclarations politiques évoquées ci-dessus se traduisent également en chiffres, le budget américain pour 1999 prévoyant 850 mio USD d'investissements dans l'informatique à haute performance et les communications [28]. De cette somme, 110 mio seront affectés à la Next Generation Internet Initiative (y compris au projet Internet2, www.internet2.edu ), destinée à développer des réseaux 100 à 1'000 fois plus rapides pour des applications telles que la télé-médecine, l'enseignement à distance et le travail collaboratif en temps réel [29].

D'importants investissements sont aussi consentis au niveau local. Palo Alto, la localité adjacente à l'Université de Stanford dans la Silicon Valley, veut ainsi poser 50 km de fibre optique, afin de proposer à ses résidents des vitesses d'accès à Internet de 200 à 2'000 fois supérieures aux modems standard actuels (www.cpau.com/fth ). Il s'agit là évidemment d'une politique volontariste de renforcement de la compétitivité d'une région, à laquelle d'autres régions devront peut-être bientôt se mesurer.

Défis de réflexion

Dans le cas du commerce électronique et d'Internet, il est aisé de trouver des références sur les nouveaux produits, les développements technologiques et les défis techniques. L'impact sur la société de cette révolution de l'information et du négoce semble nettement moins bien documenté. Est-ce parce que la réceptivité des Américains aux nouvelles technologies est supérieure à celle des Européens? Est-ce parce que les Universités reçoivent peu de fonds pour ces recherches? Est-ce parce que l'accélération de l'actualité dans ces domaines est peu compatible avec le rythme de maturation d'une réflexion?

Le sujet est d'importance, cependant, comme le montre un récent rapport gouvernemental analysant le comportement des ménages américains face à l'ordinateur personnel et Internet, en fonction de la race, de l'âge et du revenu [30]. Baptisé à juste titre Falling through the Net II : New Data on the Digital Divide, il révèle - mais ce n'est pas vraiment une surprise - que si en moyenne 36% des ménages ont un PC, ce chiffre tombe à 19% chez les Hispaniques et les Noirs. La différence est encore plus marquée - plus d'un facteur trois - dans le nombre de ménages connectés à Internet.

D'autres études commencent à paraître: elles montrent des risques significatifs pour la santé psychique des Internautes, dus à la déshumanisation des relations et à l'isolement derrière son écran d'ordinateur. Même si leur validité scientifique est encore difficile à vérifier, ces résultats ne surprennent guère et modèrent les visions technoptimistes affichées par des auteurs comme Peter Leyden [3], même si elles se veulent volontairement provocantes.

Il n'en reste pas moins que la révolution de la société d'information, de la société du savoir est en route... et que la Suisse a beaucoup d'atouts pour y exceller !

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REFERENCES

  1. The Internet Phenomenon Vint Cerf, NSF, www.cise.nsf.gov/general/compsci/net/cerf.html
  2. Monetary Policy Testimony and Report to the Congress (Feb. 24, 1998), Alan Greenspan, Federal Reserve Board, www.cise.nsf.gov/general/compsci/net/cerf.html
  3. The Long Boom: A History of the Future, 1980-2020
  4. Peter Leyden, Wired 5.07, July 1997, www.wired.com/wired/5.07/longboom.html
  5. The Emerging Digital Economy, US Department of Commerce, April 1998, www.ntis.gov/yellowbk /lnty800.htm
  6. There are More New Startups than Ever...,Business Week, April 20, 1998, www.businessweek.com/1998/16/b3574005.htm
  7. Estimation de NUA Internet Surveys, www.nua.ie/surveys
  8. Estimation de Network Wizards dans Internet Domain Survey, www.nw.com
  9. Inktomi Corporation White Paper 1997, www.inktomi.com/Tech/EconOfLargeScaleCache.html
  10. Sizing Intercompany Commerce, Blane Erwin et al., Forrester Research Inc., July 1997, www.forrester.com
  11. The "Click Here" Economy, Business Week, June 22, 1998, www.businessweek.com/1998/25/b3583001.htm
  12. FNS - Swiss Priority Programmes, 1998:
  13. BusiNet (Business-to-Business Electronic Commerce) - Marktstudie Schweiz 1998, Thomas Gaugler, Bilanz et partenaires, Septembre 1998
  14. The Corporation of the Future, Business Week, Aug. 31, 1998, www.businessweek.com/1998/35/b3593034.htm
  15. The Airline of the Internet, T. Lappin, Wired 4.12, Dec. 1996, www.wired.com/wired/4.12/features/ffedex.html
  16. Data Mining: la ruée vers l'or, Cast EPFL, mai 1998, 128.178.9.106/cast/conf/homepage_conf.html
  17. The End of Online Travel Market Closing as Bottom Tier Opens to New Players, Jupiter Communications, April 16, 1997
  18. Total Operating Revenues and Total Operating Expenses for US Airlines, US Department of Transportation, DOT Form 41
  19. The Airlines - The Third Revolution, Julius Maldutis, Salomon Brothers, April 8, 1996
  20. Internet Shopping, Ernst & Young LLP., January 1998
  21. A Bookstore by Any Other Name, Jeff Bezos, CEO of Amazon.com, in The Commonwealth, August 31, 1998
  22. Mon ordinateur voit double, J.-F. Rolle, Flash Informatique EPFL, été 98, dit-archives.epfl.ch/FI98/fi-sp-98/sp-98-page30.html
  23. Sondage Harris / Business Week, mars 1998, www.businessweek.com/1998/11/b3569107.htm
  24. The Internet Sex Industry, San Jose Mercury News, 26.6.98, www.mercurycenter.com

  25. Who goes there ? Peter Wayner, Byte, June 1997, www.byte.com/art/9706/sec5/sec5.htm
  26. Le commerce électronique, Michel Paschalidès, Flash Informatique EPFL, mars 1998, dit-archives.epfl.ch/FI98/fi-2-98/2-98-page1.html
  27. Voice Technology Web Sites, www.businessweek.com/1998/08/b3566024.htm
  28. Budget of the United States Government: Fiscal Year 1999, US Gov. Printing Office, 1998, www.access.gpo. gov/su_docs/budget/index.html
  29. Next Generation Internet Initiative: Concept Paper Nat'l Coordination Office for Computing, Information and Communications, 1997, www.ccic.gov/ngi /concept-Jul97
  30. Falling through the Net II: New Data on the Digital Divide, US National Telecommunications and Information Administration, July 1998, www.ntia.doc.gov /ntiahome/net2

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