SI SPECIAL ETE 97

le techno-quotidien

dessin Enrico

Télécommunications & autoroutes de l'information

Cyberespace pour la réinsertion
socio-économique des personnes handicapées

André L. Braichet,
e-mail: Andre.Braichet@hapi.ch , WWW: http://www.hapi.ch

Table des matières


Introduction

En général, de par sa mobilité réduite, la personne handicapée rencontre passablement de difficultés pour son intégration socio-économique. Celles-ci se situent principalement au plan des barrières architecturales pour l'accès aux établissements publics et aux moyens de transport. Quant à l'accès aux entreprises et sociétés commerciales, la problématique est encore accrue par le fait de devoir réunir plusieurs conditions simultanément pour y apporter une réponse: accessibilité de la place de travail, des sanitaires, du parking, ou encore du restaurant d'entreprise selon le cas. Mais, même si ces conditions sont réunies, il subsistera toujours une frange de personnes handicapées qui ne pourra jamais s'insérer ou se réinsérer (à la suite d'un accident ou d'une maladie) dans le circuit économique traditionnel.

Ceci pour toutes sortes de raisons. Par exemple à cause d'un handicap très important (tétraplégie, myopathie, etc.) ou bien la personne handicapée vit dans une région géographique où l'activité économique n'est pas propice à sa réinsertion - milieu rural ou à industrie lourde comme la métallurgie.

D'autre part il convient également de préciser que la situation économique que nous connaissons depuis quelques temps, avec un taux élevé de chômage, n'est pas favorable à l'insertion économique des personnes handicapées. Des statistiques l'ont montré, celles-ci sont parmi les premières à être licenciées en cas de récession.

Dès lors, il s'agit d'être inventif et de créer aujourd'hui les métiers de demain en une perspective globale. Il nous paraît inéluctable que notre économie doive profondément se transformer pour faire face aux difficultés actuelles. Peu à peu émerge la conscience que cette activité économique ne peut se faire au mépris de la biosphère et des êtres vivants qui l'habitent. Nous prenons conscience que l'homme et son environnement forment un tout irréductible en ses composantes. On parle ainsi de développement durable, intégrant aussi bien les besoins de l'homme - tant matériels que spirituels - que ceux de l'environnement.

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Le télétravail, une idée vieille de déjà dix ans

Au carrefour des mutations et révolutions socio-économiques, examinons les perspectives pour la personne handicapée. La branche économique qui se prête le mieux au handicap est celle du tertiaire, c'est-à-dire les services et en particulier celui de l'information. Depuis quelques temps il y a une explosion dans les nouvelles technologies du domaine des télécommunications: télématique, télécopieur, réseaux numériques à intégration de services (RNIS), ces fameuses autoroutes de l'information, etc. Et, sans oublier évidemment, l'éclosion tous azimuts du multimédia aux perspectives énormes pour le futur. Notre société est vraiment entrée de plein fouet dans l'ère de l'information. Celle-ci va provoquer un bond évolutif prodigieux de notre société en raccourcissant les distances et rapprochant ainsi les gens. Cette information va devenir l'activité économique dominante à l'aube du troisième millénaire. L'espace virtuel, à partir des réseaux à la surface de la Terre, va conférer à notre société l'allure d'un cerveau planétaire. Selon l'expression du sociologue McLuhan, la Terre est devenu un grand village. Ce cyberespace va gommer les différences sociales et physiques des individus. En particulier, la personne handicapée physique n'y sera plus perçue au travers de son handicap mais comme un cerveau communiquant avec son environnement.

Il y a une douzaine d'années, déjà, on commençait à parler de télétravail, même si ce néologisme n'était pas utilisé couramment à l'époque. A l'Association Suisse des Paralysés (ASPr) nous avions eu, à ce moment-là, les réflexions suivantes:

Toujours à la même époque, nous avions mené une enquête sous forme de questionnaire dans le journal Faire Face, organe officiel de l'ASPr, afin d'établir le besoin en développement de places de travail électronique pour des personnes handicapées - à domicile ou en institution - et de jauger les potentialités des personnes intéressées.

Quelque cent personnes ont répondu à l'appel et rempli attentivement le questionnaire. L'intérêt était bien réel, à côté du désir de faire de la bureautique (env. 80%), nous trouvions encore un 25%, environ, désireux de faire du développement/programmation ou de l'analyse/concept. En particulier, j'ai été personnellement surpris de découvrir qu'un 15% avait suivi une école supérieure (Ecole de commerce, technique ou l'Université). Donc des intelligences captives que la téléinformatique à domicile était susceptible de révéler. Ainsi naquit l'idée du projet TELEPHAN (TELEinformatique Pour HANdicapés) avec pour objectif de fournir du télétravail, de type occupationnel et lucratif, à des personnes handicapées. Par la suite fut créé, à Lausanne, la Fondation Handitel dont la mission était entre autres de développer le télétravail pour les personnes handicapées. Malheureusement, faute de moyens financiers, cette fondation a dû mettre la clé sous le paillasson et l'idée TELEPHAN n'a jamais vu le jour.

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Internet ou l'ouverture sur le cyberespace des ateliers virtuels

Avec l'arrivée fracassante des autoroutes de l'information, en particulier celle d'Internet au développement exponentiel, TELEPHAN, tel un Phénix, renaît aujourd'hui de ses cendres. En effet les réseaux de télécommunication permettent la création d'ateliers virtuels où les personnes handicapées peuvent mettre en valeur leur potentialité sous toutes ses formes. Les activités sont nombreuses et quasiment sans limite: télésecrétariat, télédessin, télémarketing, téléformation, etc., etc.

François Fankhauser, ingénieur ETS, devenu aveugle à la suite d'un accident, pratique déjà depuis quelques temps le télétravail. Il est en effet consultant spécialisé en Application & System chez BULL (SUISSE) S.A. Genève. Nous nous sommes rencontrés, par hasard, sur nos chemins de vie et le 30 novembre 1995, dans le cadre des séminaires de son Bureau Communiquant 95, nous avons présenté les perspectives offertes par les télécommunications au personnes handicapées et aux PME.

Avec la participation de BULL (SUISSE) S.A., de la régie nationale des PTT, de INCN SA (International Competence Network), et de Eurocom, j'y ai présenté en particulier le concept directeur UAD (Univers A Domicile). Mais pourquoi UAD?

Certaines personnes handicapées ne peuvent pas découvrir le monde? Alors c'est le monde qui viendra à eux. Dans leur chambre. Rejoindre par là, cette expression de la philosophie grecque: Tout l'Univers dans un grain de sable. Et l'espace virtuel d'Internet permet ce miracle.

Le concept UAD englobe dans un premier temps, d'une part le projet TELEPHAN de télétravail dont la première activité va être la gestion et l'animation de l'application serveur HAPI", et d'autre part le projet FORMI (FORMation Itinérante) de formation itinérante dans les régions isolées où les déplacements pour se rendre vers les métropoles sont difficiles.

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Projet HAPI"

Connaissant les difficultés pour une personne handicapée de trouver des informations sur les lieux accessibles, par exemple les hôtels, restaurants, musées et autres lieux touristiques, j'ai pensé créer un centre-serveur sur tout ce qui touche la personne handicapée et son entourage. Une immense banque de données sur les informations les plus diverses, mais aussi un lieu de rencontre et de partage. J'ai baptisé ce projet HAPI", l'acronyme de HAndicaP-Internet. En français, il se prononce comme happy qui veut dire heureux en anglais. Et j'aimerais rendre des handicapés heureux, comme je le suis. Donner un sens à leur vie. Offrir la possibilité, via Internet, de faire découvrir notre planète à ces personnes qu'un handicap condamne à vivre dans une chambre ou sur un lit d'hôpital. Accéder ainsi à la culture à l'aide de la télécommunication.

A partir de Foyer Handicap Neuchâtel, le projet HAPI permet de procurer une multitude d'activités, de la simple saisie de données à la création de pages Web sur Internet. A ce jour, nous avons déjà développé, pour une clientèle diversifiée, une dizaine de vitrines et sites sur Internet. Il s'est également développé toute une synergie entre nos Ateliers Bartimé et une école professionnelle avec laquelle une partie de nos prestations se fait sous forme de troc. Nous leur faisons, en effet, de l'aide en ligne pour un logiciel de gestion de l'école et en échange nos résidents peuvent suivre des cours selon les besoins.

Par ces différentes activités, il y a épanouissement pour certains de nos résidents de leur créativité par le graphisme, la mise en page, le traitement de l'image et plus tard, du son, voire la réalisation de vidéos ou de multimédias sur CD-Rom.

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Projet FORMI

Luc Volleb est un jeune myopathe, étudiant au Centre ORIPH de Pomy, et qui désire se consacrer à la pédagogie. Son rêve est d'avoir un bus accessible en fauteuil roulant avec une dizaine de places informatiques aménagées et qui permettrait de donner une formation - par exemple une introduction à l'informatique - dans des régions quelque peu décentrées. Il est en effet difficile pour des personnes gravement handicapées de se déplacer, et d'accéder ainsi à la formation. D'autre part il constate qu'au niveau des écoles primaires l'informatique est très peu enseignée. Ainsi son projet, qu'il appelle The Computer Bus, permettrait également à des personnes non-handicapées de bénéficier de cette formation itinérante et s'intègre de ce fait dans le concept plus large de FORMI où l'on peut imaginer toute une synergie entre la formation itinérante et le réseau TELEPHAN: suivi de la formation au travers d'un réseau comme Internet, création de modules de formation par télétravail, par exemple: cours de français, de langues ou de culture générale, etc.

Bref, les perspectives sont nombreuses et variées.

Pour l'heure nous avons déjà à disposition un bus adapté de la Fondation suisse pour paraplégiques. Il est équipé en place de formation, rétroprojecteur, moniteur vidéo: une vraie école itinérante. En ce moment, il se réalise une étude du marché sur les besoins des personnes handicapées en formation.

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Pour ou contre la télématique?

Evidemment la controverse n'aura pas manqué sur ces nouvelles technologies de la télécommunication. Et les médias s'en sont déjà fait l'écho avec des opinions à l'emporte-pièce, du style «Internet? Un monde d'autistes».

En fait , la réalité d'un choix technologique n'est jamais aussi tranchée. Ce n'est pas la chose qu'il faut juger mais l'usage de la chose. Intrinsèquement Internet est neutre. Actif dans le milieu de l'informatique pour personnes handicapées, je me suis souvent entendu dire que l'informatique les isole encore plus. Et je donne invariablement la même réponse du cas réel d'une personne tétraplégique qui n'arrive à bouger que la tête et qui est dépendante jour et nuit d'un appareil respirateur. Continuellement clouée dans sa chambre, la téléinformatique est pour elle cette fenêtre ouverte sur le monde et sur les gens. Elle peut communiquer - indispensable à l'humain - et entrer en contact avec les autres. Des outils comme Internet sont à même de la faire voyager sur toute la planète, visiter le Musée du Louvre à Paris ou contempler les oeuvres de la Fondation Berger à Lausanne. Puisqu'elle ne peut se déplacer dans le monde, c'est le monde qui vient chez cette personne, au travers de l'écran de son ordinateur. N'est-ce pas merveilleux? L'informatique ne l'isole pas, bien au contraire, elle lui a permis d'avoir tout un réseau de relations humaines riches et stimulantes et qui donnent un sens à sa vie.


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© FI SPECIAL ETE du 2 septembre 1997