Informatique et unités de soins: une expérience originale

par Luc Heimendinger, Groupe Santé, Société Unisys et Dr Christiane Roth, Direction médicale, Centre Hospitalier Universitaire Vaudois

Contexte

Le présent article se propose de décrire et discuter brièvement une expérience originale d'informatique dans les unités de soins du Centre Hospitalier Universitaire Vaudois (CHUV). Si nombre de domaines d'activités hospitalières sont plus ou moins largement informatisés, il reste beaucoup à faire dans l'unité de soins, en termes de gestion et de dossier unique du patient. Les raisons de la disparité des niveaux d'informatisation sont multiples, nous en retiendrons deux.

A l'instar de ce qui se faisait dans les entreprises, on a commencé par automatiser la gestion administrative, la facturation, la communication de résultats divers, etc. On était orienté domaine, les modèles étaient connus. Le temps passant, on a évolué vers un concept centré patient. C'est à lui qu'on rattache toutes les informations qui le concernent.

Dans l'unité de soins, les informations sont traditionnellement traitées et transmises oralement ou par l'intermédiaire du dossier manuscrit. Aujourd'hui encore la demande en informatisation reste timide et, pour les utilisateurs hospitaliers, l'informatique doit faire la preuve de son efficacité sur le terrain de la communication, de la simplification de tâches répétitives et de la planification. Fort de ce constat et à la lumière des résultats des travaux de divers groupes, le CHUV décidait de définir et d'éprouver une solution informatique dans deux services, dans le but d'améliorer la gestion de production et la connaissance de l'information traitée au coeur de l'hôpital, c'est-à-dire dans l'unité de soins (voir schéma 1: trajectoire d'un patient et environnement hospitalier).

Historique succinct

Dès 1990, la direction du CHUV chargea des groupes de travail pluridisciplinaires d'étudier ce que devrait être un système d'information clinique. Dans le même temps, mais indépendamment, le Groupement des Hôpitaux Régionaux Vaudois (GHRV) initiait une démarche de réflexion sur l'informatisation du dossier unique du patient, la communication inter hospitalière et interdisciplinaire. Après l'évaluation des solutions à disposition à ce moment-là, le CHUV a décidé de tester le logiciel SAX (Soins Assistés sous uniX), bientôt rejoint dans la démarche par le GHRV, puis l'Hôpital Cantonal Universitaire de Genève, conférant ainsi au projet une dimension de collaboration intercantonale et multihospitalière coordonnée.

Le logiciel SAX

Ce produit est développé par le Centre Régional d'Informatique Hospitalière (CRIH) d'Aquitaine, en France. La conception du produit remonte au dernier tiers des années quatre-vingts. Il fonctionne nativement sur des plates-formes Unix Hewlett-Packard et Sun et a été porté sur IBM Power-PC. C'est une architecture basée sur un serveur, des stations X et des imprimantes, dont une couleur et au format A3 pour les plannings de soins. L'application est écrite en langage C, sous X-Window et OSF-Motif, et elle repose sur une base de données Oracle (voir le schéma 2: architecture du système SAX et connexion au réseau hospitalier).

Le logiciel est conçu pour offrir un dossier unique et intégré de patient, ainsi qu'une gestion de l'activité de l'unité de soins (voir l'essentiel des fonctionnalités de SAX sur le schéma 3: fonctionnalités de SAX).

Démarche

La recherche de logiciels a porté sur la zone francophone pour des raisons de compréhension et d'analogie de méthodes de soins. Il existe plusieurs bonnes solutions nord américaines, mais leur traduction est une entreprise de taille et les façons de soigner outre-Atlantique diffèrent sensiblement des nôtres.

Les deux services testeurs au CHUV se sont attribués les fonctionnalités suivantes: en O.R.L. (chirurgie), la prescription médicale avec ses effets sur le planning de soins; en médecine interne et en radiologie, la communication, grâce à la génération d'une demande d'examen informatisée. L'HCUG a évalué les fonctionnalités liées à la prescription infirmière, en médecine interne et en neurochirurgie. Le GHRV a testé le produit dans son ensemble incluant également des professions paramédicales (physiothérapie, ergothérapie, diététique) en plus des médecins et infirmiers, conformément aux exigences pluri- et interdisciplinaires du cahier des charges. Les tests ont duré trois mois en moyenne, précédés de périodes de paramétrisation de la base de données plus ou moins longues, selon la complexité des fonctionnalités à évaluer et les moyens mis en oeuvre par les hôpitaux. Les principaux interlocuteurs furent des médecins, des infirmiers, du personnel paramédical, des informaticiens, les directions des hôpitaux et des partenaires externes, industriels et consultants, à hauteur de vingt-cinq personnes par hôpital environ.

Résultats et perspectives

Les gains attendus se situaient à plusieurs niveaux:

L'expérience nous a permis de vérifier ces gains. D'autres sont apparus, comme par exemple la valorisation du personnel utilisant l'application. En revanche, il a été impossible d'observer des gains de temps, car l'information a continué d'être collectée à la main en parallèle dans le dossier habituel pour des raisons médico-légales. L'intégration de SAX au système central a été particulièrement appréciée pour l'acquisition automatique de données administratives. On imagine sans peine le bénéfice que les médecins et soignants retireront d'une large intégration aux systèmes d'information des laboratoires, de la pharmacie et de la radiologie.

A l'issue des tests, tous les groupes d'utilisateurs se sont prononcés en faveur de l'informatique dans l'unité de soins et en faveur également du logiciel SAX, à la condition expresse d'améliorer, corriger et adjoindre certaines fonctionnalités, de manière à les adapter au fonctionnement spécifique de chaque établissement. C'est en mettant à disposition une information complète et sûre que l'informatique contribue à l'amélioration rationnelle et économique de la qualité des soins.


article paru dans le Flash informatique spécial été 1994 du 6 septembre 1994