Entre autres, Internet lance Unix
impression d'Unix Expo 94

par Franck Perrot, SIC-Assistance

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De la même manière que le tableur lançait le PC, Internet lance aujourd'hui Unix. Seulement, ce n'est pas une application, ni même du hardware et il changera beaucoup plus la face de l'industrie informatique dans sa totalité que le marché particulier d'Unix. C'est Internet.

Un exemple: Unix Expo proposait en fanfare son Open ShowNet system, 8 serveurs et 40 stations de travail connectés sur Internet pour offrir à ses clients un service d'information distribué utilisant le modèle client/serveur et une expérience de terrain sur des chemins virtuels aventureux. Le pari est d'importance et la mission critique. En effet, il est beaucoup demandé au système ShowNet: une grande capacité pour les données, et une grande rapidité car les visiteurs impatients de ce gigantesque salon n'ont que très peu de temps à lui consacrer. Mais une fois entrés, ce sont les 800 exposants qui se présentent à eux avec lesquels ils peuvent dialoguer, questionner, écrire, proposer, échanger, demander de la documentation ou des informations. Une connexion par Email, News, Mosaic, ftp, Archie, Gopher ou telnet donne l'accès aux réseaux de communication internationaux. Sont offerts, en complément d'un service d'impression, un guide Multimédia de New York, la possibilité de réserver des restaurants et de louer des hôtels proposés à la suite d'une recherche par critère personnalisée et intelligente (distance...), de trouver des centres d'affaires, d'obtenir un résumé des conférences proposées et de s'y inscrire, d'obtenir les dernières nouvelles, les dernières nouveautés, les dernières offres, une liste des 30'000 visiteurs inscrits avec leurs adresses Email personnelles situées au salon, toutes les références associées à un produit, organiser son voyage, faire ses réservations, trouver le meilleur parcours.
Bref, l'enfer.

Le village Internet

Grande nouveauté du salon, il débutait avec une trentaine de vendeurs spécialisés dans les solutions Internet. Ils offrent ces solutions sur une variété de plates-formes dont DOS, Windows NT, Macintosh et bien sûr et surtout Unix. Des démonstrations en temps réel sont proposées sur un environnement informatique identique à celui que l'on peut trouver dans le monde réel. Trente PC sous DOS, des stations de travail et des terminaux X à disposition et à usage illimité pour se connecter directement sur le réseau international et envoyer des messages électroniques sur la planète entière.

Les droits de l'homme

Les américains sont étonnants. Une initiative d'une coalition en faveur des droits de l'Homme fait que depuis l'ouverture de ce salon, toute censure de matériel destiné à la publication sera dorénavant postée et offerte sur Internet. Ce nouveau service d'information on-line, appelé Digital Freedom Network, est accessible gratuitement à toute personne connectée à Internet. Le matériel du dissident chinois récemment emprisonné à cause de son écriture s'y trouve déjà, comme le sont également celui de l'écrivain indonésien et du Bangladesh dont les conditions sont similaires. Cette initiative est l'accomplissement des résultats obtenus par les efforts réunis des principales organisations mondiales des droits de l'Homme, de l'Association International Internet (IIA) et d'une entreprise de New Jersey nommée IDT (seule à fournir un accès Internet aux groupes d'utilisateurs répartis dans chaque nation du monde) qui en est la promotrice et fournisseur de la technologie employée. Ce groupe en faveur de la liberté d'expression dispose à Londres d'un index à propos de la censure, à New York et à Toronto d'un comité d'observateurs pour protéger les journalistes. C'est véritablement une des initiatives les plus importantes et percutantes en faveur de la liberté de la presse et du droit d'expression. C'est seulement le début. C'est sur Internet.

la publication

Un autre domaine pour lequel Internet se voit jouer aujourd'hui un rôle de tout premier plan est celui de la publication. Et le premier à le mettre en scène professionnellement, sans doute durablement et avec génie est, évidemment, Tim O'Reilly créateur et président de O'Reilly & Associates Inc. qui diffuse dans le monde entier, et cela depuis de nombreuses années, ses publications techniques qui participent à notre exploration d'Unix, de X Windows ou d'Internet. O'Reilly énonce l'essentiel quand il nous dit: «en tant qu'éditeur, une des choses qui me fascine le plus à propos de Mosaic et du Web est que l'interface utilisateur qu'il fournit à Internet n'est pas vraiment une interface logicielle mais plutôt une interface d'information».

Concis l'O'Reilly! Ouvrez Mosaic et vous verrez vraiment sur votre écran cathodique ce à quoi la publication de demain ressemblera. O'Reilly, lui, le propose dès aujourd'hui. Le Times aussi d'ailleurs, qui en ouvrant son journal sur Internet s'est vu recevoir aussitôt des milliers de lettres d'abonnement à ce nouveau service.

Ouvrez Mosaic et vous voyez déjà une nouvelle race d'applications:

Pour publier aujourd'hui depuis un simple ordinateur sur un réseau international touchant quelques millions d'individus répartis sur la terre, aucune connaissance informatique particulière n'est exigée, de même que n'est exigée aucune ligne de code à programmer. La seule exigence repose désormais sur le design de l'information distribuée.

Et O'Reilly de nous offrir une prédiction: «la nouvelle vague de développement des interfaces utilisateurs sur ordinateur est le design et le management de l'espace d'information plutôt que des applications traditionnelles. Le logiciel qui aura le plus de succès dans ces deux prochaines années sera celui qui permettra aux non-programmeurs de créer cette sorte d'infoware».

Le plus intéressant dans ce qui précède, c'est d'entrevoir que les personnes les mieux positionnées pour créer ce genre d'application ne sont plus nécessairement celles en provenance des entreprises du logiciel mais bien les fournisseurs traditionnels de l'information: écrivains, artistes, éditeurs et les médias. Tant il est vrai que le livre ou le magazine sont sans doute les premières sortes d'interfaces utilisateur nous permettant d'accéder au corps de l'information. Il nous faut penser Mosaic comme un livre traitant un sujet particulier mais dont les références, les auteurs ou les livres cités, ainsi que les mots clefs, mais encore les références des références, les auteurs cités dans les livres cités précédemment ainsi que leurs livres traitants d'autres sujets, ces mêmes sujets faisant référence à d'autres mots clefs qui eux mêmes font appel à d'autres auteurs, etc. C'est-à-dire un livre sans fin, d'infini contenu, dont l'interface serait toujours la même. C'est ce que O'Reilly nomme une interface d'information et non plus une interface d'application. En fait, Mosaic crée de l'ordre dans le chaos d'Internet.

l'Eldorado

Notons encore la formidable ruée des hommes d'affaires et artistes d'un nouveau genre vers ce nouvel Eldorado argenté d'étoiles qu'Internet fait miroiter. Course folle contre la montre, chronométrée, dont les participants proviennent de tous horizons pour espérer en atteindre d'autres encore, à la fois différents et identiques. Des organisations de toutes sortes et de toutes tailles utilisent maintenant Internet à des fins commerciales, par le biais du commerce électronique et de la communication. Internet leur offre aujourd'hui les promesses d'un monde «réel» qu'ils empoignent sans coup férir pour leur business. L'outil publicitaire le mieux adapté pour montrer une ligne de produit ou un catalogue d'audience mondiale, le plus simple d'accès, dynamique, rapidement modifiable et multimédia, a été élu: Mosaic.

Une autre utilisation de ce produit miraculeux est d'offrir de l'information sur demande, comme le suivi d'un projet, les membres d'une organisation, une base de données technique ou les inventaires.

Les systèmes Unix sont actuellement les plates-formes idéales pour une utilisation commerciale de Mosaic et de la totalité des ressources Internet. C'est en tout cas la constatation incontournable du salon. Le prochain Bill Gates pourrait surgir à partir de ces nouveaux environnements sans avoir dans sa poche un seul franc prévu pour le marketing, à l'image d'une conférence qui s'intitulait: «Champagne Marketing on a beer budget» dont seuls les participants ont pu savourer l'ivresse du contenu.

Bien qu'Internet fonctionne sur les plus récentes nouveautés technologiques, rares sont les commerciaux qui se demandent s'il réduit sensiblement et effectivement les coûts de publicité et surtout s'il augmente, et de quelle façon, les revenus de leur société. Pas de livre à ce propos. De telles questions se posent généralement pour l'acquisition d'un nouveau fax, d'une photocopieuse ou même du dernier modèle téléphonique. Quel est l'impact, le public visé, quelle information distribuer, quelle en est sa valeur comparativement à d'autres coûts? Peu ou pas d'élément de réponse pour l'instant, mais ils courent tous et dans tous les sens pour les trouver.

Des idéaux

Juste de l'autre côté de la face grouillante du business, il y a celle héroïque d'un nombre étonnant de petites associations, sans le sou, qui se trouent les poches à force de chercher de quoi satisfaire techniquement les plus démunis. Deux mondes côte-à-côte, parfois côtes contre côtes, avec leurs propres idéaux, sur Internet et dans le salon.


article paru du 22 novembre 1994