FI-23.1.1

e-days: une expérience de journal culturel sur le Web

Julien Bondivit,EIVD &Jean-Jacques.Dumont@epfl.ch , SIC

&

L'information en général ne manque certes pas sur Internet, sous forme de textes, de documents audio, de vidéos, d'animations, de photos, de dessins... en quantité sans cesse croissante. Et il devient de plus en plus laborieux d'y trouver les éléments d'information recherchés, perdus dans les méandres de la toile.

Plus difficile encore est de trouver une information régionale précise. Prenons l'exemple d'une personne, vous ou moi, désirant découvrir un établissement nouveau, un endroit qui ait une atmosphère différente de celles déjà trop familières des lieux qu'elle fréquente d'habitude. Pas évident de mettre la main sur un site donnant ce type d'information. Mais existe-t-il seulement ?

C'est à ce niveau que le concept d'e-days trouve sa place sur Internet; l'idée de base est relativement simple: dresser une galerie de portraits d'établissements culturels au moyen de textes et de vidéos, permettant aux personnes qui ne les connaissent pas de percevoir l'atmosphère qui y règne. Un but plus ambitieux serait de faire circuler l'âme de ces endroits, de la rendre palpable pour les internautes.

Outre la présentation des lieux, e-days propose une couverture vidéo en direct de ce qu'il s'y passe, telles que concerts, pièces de théâtre, vernissages ou autres, afin qu'une personne indécise sur le lieu dans lequel elle désire se rendre pourra simplement jeter un coup d'oeil sur le site et sélectionner l'ambiance qui lui convient le mieux. Le film de chaque événement est ensuite archivé et mis à disposition sur le site, accompagné d'un texte servant de complément d'information sur la soirée elle-même. Ceci permet de créer progressivement une banque d'archives de textes et de vidéos consultable de n'importe où et à tout moment.

Le potentiel de la communication vidéo au travers d'Internet est immense et ne se limite pas aux activités culturelles. On peut aisément transcrire le concept d'e-day à toute forme d'événement intéressant les particuliers ou les entreprises. Ceci pour rassurer le lecteur qui s'inquiéterait des problèmes de rentabilisation du concept.

La première phase de réalisation du projet fut la création du site Web destiné à accueillir les textes, photos et vidéos archivés (voir http://live.webacademie.ch ). Ensuite, il fallut créer une équipe pluri-disciplinaire de personnes motivées par le projet et compétentes dans les divers domaines concernés: rédactionnel, traitement du son, montage des vidéos, etc. Nous profitons de l'occasion pour remercier mesdames Françoise Ducret et Jacqueline Guex, messieurs Nghia Dao et Jean-Marc Leroy pour leur travail efficace au sein de cette équipe, ainsi que toutes les autres personnes ayant apporté un appui ponctuel lors des diverses expérimentations qui se sont déroulées durant les mois d'octobre (accueil des nouveaux étudiants à l'EPFL), novembre (concert Calvin Russell aux Citrons Masqués d'Yverdon et Netdays au Collège de Béthusy à Lausanne) et décembre (concert EV à Satellite/EPFL et conférence de presse à l'API/Genève). Car ces expériences comportèrent de nombreux écueils techniques et logistiques imprévus, que l'équipe réussit toujours à surmonter.

Les éléments techniques du projet

Les technologies pour la création et la diffusion de documents multimédias sur Internet se sont considérablement et rapidement développées durant ces derniers mois.

Il n'y a guère, les internautes ne pouvaient consulter que de petits fichiers audio ou vidéo, couvrant typiquement entre dix secondes et deux minutes de déroulement. Ces fichiers étaient d'abord téléchargés, puis visionnés ou écoutés localement. Aujourd'hui, avec la technologie dite du streaming et la puissance plus que décuplée des PC, ces limites ont été abolies et il est même possible de regarder des longs métrages de cinéma sur certains sites (http://www.cinemapop.com , http://www.moviehead.com ). Le streaming permet en effet d'effectuer simultanément le transfert et l'écoute ou le visionnement des documents, les données numériques étant immédiatement décompressées et décodées par un logiciel performant. Durant ce traitement, les données suivantes sont transférées, pour être décompressées et interprétées à leur tour, et ainsi de suite.

Les deux méthodes d'acquisition peuvent être comparées à la consommation d'une bouteille de bière. La première méthode, le téléchargement, revient à verser la bière dans un verre, puis à le boire. La deuxième méthode revient à boire directement au goulot.

Le streaming permet une diffusion quasi-instantanée durant l'acquisition des données numériques constituant les documents audio-visuels, ce qui revient à effectuer des émissions quasiment en direct sur Internet. Il demeure néanmoins un certain décalage dépendant de la puissance de la machine émettrice, due au buffering, soit une période de quelques secondes durant lesquelles sont mises en mémoire tampon les premières données fournies par le mécanisme d'acquisition, de codage et de compression. Cette phase de buffering permet de rendre plus fluide le transfert et la lecture des données par rapport aux variations du débit effectif de la transmission. En cas de forte congestion des lignes, ce qui arrive malheureusement encore fréquemment sur l'Internet actuel, de courtes interruptions de lecture sont inévitables, ce qui peut donner un désagréable effet de saccades.

Les techniques de streaming les plus en vogue actuellement sont celles proposées par Real Networks, Apple avec son Quick Time, et Microsoft avec son Windows Media Player. En utilisant les media-players d'Apple ou Microsoft, l'internaute aura la possibilité de lire le fichier pendant le téléchargement de celui-ci sur le disque dur local depuis un serveur Web traditionnel. Par contre, le format Real Media (.rm) de Real Networks exige un streaming server Web spécialisé. Celui-ci assure un streaming s'effectuant sans téléchargement et sans stockage des données sur le disque dur local, ce qui permet la visualisation de documents beaucoup plus volumineux, jusqu'à plusieurs gigaoctets si votre prestataire de services Internet vous l'autorise sans trop de frais.

Pour une diffusion en direct telle que celles réalisées pendant les e-days, il est nécessaire de disposer d'un streaming server et d'un logiciel d'acquisition audio et vidéo. Ce logiciel permet de coder l'information provenant d'une source, par exemple une caméra ou un magnétoscope, en vue de la diffuser à l'aide du serveur. Real Networks met à disposition un logiciel gratuit appelé Real Producer Basic - que nous appelerons ici producteur - qui permet une diffusion en quasi-direct par le Real Server. Dans la plupart des cas, c'est cette technologie que nous avons utilisée, malgré ses limitations en version gratuite. Dans d'autres cas, c'est le format Quicktime qui a été choisi.

Pour être plus complet, les configurations utilisées pour cette expérience furent:

Pour l'acquisition et le montage:

Pour la visualisation et la diffusion:

Les dernières vidéos ont d'abord été converties en format Quick Time puis en Real Media, car il faut noter qu'une fois le film converti en Real Media, il n'est pas possible de le reconvertir en Quick Time.

Machines:

Pour le Real Server Basic:

Pour l'acquisition et le montage:

Remarque importante: il faut bien être conscient que la bande passante donnant accès au serveur déterminera le nombre de streams maximum autorisés pour garder une qualité de service suffisante. Cette valeur maximale sera dans la plupart des cas inférieure à la limite de 25 fixée par le Real Server Basic.

Personnel à prévoir pour un e-day:

Nos expériences ont indiqué qu'une équipe de cinq personnes est l'optimum pour la réalisation d'un e-day dans de bonnes conditions. A savoir:

Deux de ces personnes seront également chargées de vérifier l'état du matériel, la configuration des logiciels et la connexion Internet si possible la veille de l'événement.

Autres sites à vocation semblable

Il existe de nombreux sites dédiés à la vie culturelle suisse, mais ceux-ci restent très ciblés. Ils ne visent que la scène musicale, ou les théâtres. De plus, quasiment aucun ne propose de vidéos, ni sur les événements qui s'y déroulent, ni sur les lieux eux-mêmes. Voici une liste de différents sites consacrés aux lieux culturels:

Suisse

France

Belgique

USA

Comme on peut le constater, les sites ne manquent pas, et la liste est encore longue. Cependant, aucun ne propose des services semblables à ceux des e-days. Il faut aussi souligner que, contrairement à la plupart des autres, notre site ne cherche pas actuellement à tenir une liste exhaustive des événements ou des établissements culturels en Suisse, ni même en Romandie. Bien sûr, si tous se sentent concernés et intéressés, on peut imaginer qu'il se développe au point de viser l'exhaustivité. Mais ne rêvons pas trop...

Le futur des e-days

Les premières expériences décrites dans cet article se voulaient exploratoires par rapport au projet grandeur nature, qui nécessitera de bien plus gros moyens et une certaine dose de professionnalisme. Il est très probable que le concept sera retenu par le groupe multimédia de la Radio Suisse Romande, pour ce qui concerne le contenu. En aval, encore faut-il que ce contenu puisse être distribué à un grand nombre de clients dans de bonnes conditions. Ceci implique des serveurs de streaming musclés et un réseau de topologie et de bande passante appropriées. Nous espérons donc intéresser les principaux opérateurs de télé-réseau, qui seraient d'excellents partenaires pour ce projet. Tout sera alors en place pour développer la toile de lieux culturels participant au projet, et pour propager le concept en formant de nouvelles équipes de journalistes multimédia plus ou moins professionnels.

De façon complémentaire aux accès Web, le contenu pourrait être distribué par un réseau de bornes interactives disséminées dans les lieux publics «branchés». Nous pensons en particulier aux lieux faisant déjà partie du réseau e-days. Ces bornes assureraient à la fois une grande qualité d'accès aux émissions en direct et aux archives, ainsi qu'une visibilité totale du concept par un maximum de personnes directement concernées. On peut imaginer que ces bornes puissent se substituer aux juke-boxes à vidéos et autres écrans de jeux électroniques actuellement omniprésents. La société Mediapolis, au Parc Scientifique de l'EPFL, travaille déjà sur l'application qui rendra cette vision réalisable.

A bientôt donc pour la suite des aventures, auxquelles d'ailleurs nous vous convions si le coeur vous en dit. Pour cela, rien de plus simple: contactez-nous à la Villa Internet (inf@villa-internet.ch).


retour au sommaire du Flash informatique du mois de janvier 1
retour à la page principale des Flash informatique
Vos commentaires
© FI-1-1 du 23 janvier 1